

Alexandra Duvivier : " Et Pfuitt... plus rien "
ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 16.06.04 (Le Monde)
" La magie, assure-t-elle, c'est aussi de la comédie, de la mise en scène ". Dans la petite cave du Double-fond, le cabaret de magie fondé par son père, Alexandra Duvivier fait surgir les as et s'évanouir les perles sous le grand manteau de son bagou gracieux.
Si notre magicienne était une chanson... ça serait My Heart Belongs to Daddy. Non seulement parce qu'Alexandra Duvivier ne cesse de rendre hommage à Dominique, son père et maître magicien, avec qui elle se produit chaque semaine en duo, en plus de son one-woman show, Seule. Mais aussi parce que la chanson de Marilyn Monroe, avec sa pétulance mutine, ressemble à cette donzelle gracile qui joue de son charme et de son boniment comme d'autres des porte-jarretelles ou du yukulele. Des as qui surgissent encore et toujours d'un paquet battu et rebattu par le public, des pièces glissées sous un tapis de jeu qui réapparaissent au-dessus, un collier de perles bleues qui devient en un tournemain un minuscule toutou, bibelot de grand-mère dont hérite un spectateur : dans la petite cave du Double Fond, le cabaret de magie fondé par son père en 1991, Alexandra Duvivier pratique le close-up, cette magie qui s'exécute sous le nez - et à la barbe - de l'assistance. De ses tours en cascade, de ses "routines", comme on dit dans le métier pour désigner un enchaînement d'effets, on ne garde que des souvenirs incertains, qui commencent à s'effilocher sur-le-champ, entre le début et la fin d'un même tour. Car, tandis que les mains longues et papillonnantes manipulent les objets, ce qui mène la danse et captive c'est le bagou enjoué de la magicienne. "La magie, assure-t-elle, c'est aussi de la comédie, de la mise en scène. Qu'on se souvienne davantage de mon personnage que des tours, c'est le plus beau compliment qu'on puisse me faire."
Tout en ménageant une part d'improvisation dans le dialogue avec la salle, le spectacle est écrit, à " 1 000 % ", cousu sur mesure par le père pour la fille. " Lui, c'est un créateur, moi je suis surtout une interprète. " Depuis qu'il s'est établi magicien professionnel, en 1971, l'homme a inventé quelque 5 000 tours, dont certains sont à vendre dans la boutique familiale Mayette Magie moderne, dans le 5e arrondissement de Paris. Petit garçon, Dominique Duvivier se rendait fièvreusement dans cette échoppe vieillotte où se monneyaient déjà des secrets de prestidigitateur... " Et puis, raconte sa fille, des années plus tard, il s'est trouvé qu'il a pu la racheter... Pour lui, la magie est une vraie vocation, ça lui est venu très tôt, à 8 ans, après avoir vu une scène de M le Maudit où un gangster fait un tour de bonneteau. Moi, petite, ça m'amusait de le voir faire des tours, mais sans plus. Je m'y suis intéressée plus tard. Vers 15 ans, je suis allée l'accompagner aux Jeux olympiques de la magie, à La Haye, et je l'ai vu se produire devant une salle de 700 personnes en délire. Là, je crois ça a été le déclic. J'ai commencé mon apprentissage. "
Des obstacles à surmonter au cours de cette initiation, de l'entêtement nécessaire pour acquérir technique et dextérité, la jeune femme dit très peu, soudain glissante comme une anguille quand on aborde la question ... " Il faut de la patience ", admet-elle, évasivement. La rareté de la gente féminine dans la profession - " peut-être trois femmes pour mille hommes " - ne lui inspire guère de commentaires. Quant aux encouragements prodigués par son paternel : " Il a commencé par me filer un de ses bouquins. Qu'est-ce que j'ai galéré... Rien de plus rébarbatif que d'apprendre des tours avec un livre... Je ne pense pas qu'il avait de but précis pour moi. Mais je crois qu'il est très content de ce que je fais aujourd'hui. Il est mon premier fan. " Juste retour des choses.
Véronique Cohen
Seule one-woman show d'Alexandra Duvivier, les sam à 21 h, au Double Fond, 1 place du Marché-Sainte-Catherine, Paris 4e. 01 42 71 40 20. 18 € ; tarif réduit, 13,50 € ; à partir de 10 ans. Pour les plus jeunes, Alexandra au pays des merveilles, les sam à 16 h 30. 9 € ; à partir de 4 ans.