

19h47. "Vite vite, je suis en retard... Mais elle est où cette rue trévise? Pas cette rue là, non pas celle-ci... Tiens, une file d'attente là-bas, ca devrait être ca. Quoi que y'a quand même beaucoup beaucoup de monde pour un spectacle de magie, enfin on verra... Ah bah si, c'est ici. Ah ouai quand même, mais y'aura jamais assez de places!"
Voilà en gros comment s'est passé mon arrivée dans ce théâtre que je découvrais. Une fois devant, rien n'était joué. Il m'a d'abord fallu attendre d'avoir un billet (comme tous les gens devant moi) en me demandant si je pourrai rentrer. Cela m'a laissé le temps de parcourir un peu la foule et de m'arrêter sur quelques visages connus : Jean-luc Bertrand, Damien Bertrand, Zakary Belamy, otto Wessely... visiblement ce spectacle intéresse. Bon, j'arrive au guichet "bonjour je voudrais une place s'il vous en reste" et oui, il en restait, pas beaucoup mais c'était bon. Donc je rentre, je cherche ma place et forcément, comme tout bon looser qui arrive à la dernière minute, je comprends que je vais assister au spectacle d'un siège au fond de la salle, mais c'est toujours mieux que de rester dehors.
20h02. Alors voilà, une fois entré, on s'assoit, on attend qu'Otto ait finit de hurler... on regarde son voisin montrer à son ami son super saut de coupe ("Enfin là je le fais mal, mais c'est ca l'idée...") et quand on entend une pièce tomber, on réalise qu'on est dans une salle remplie de magiciens (je confirme aux puristes des CRs que je m'inclus dedans). Du coup, je me tourne vers ma voisine de droite
- "bonjour vous êtes magicienne?"
- "non on est venu ici sur les recommandations d'un ami magicien. Et vous vous êtes magicien?". (Ah bah voilà, y'a pas QUE des magiciens!)
- "Euh non, pas ce soir".
C'est au moment où l'on voit son voisin de devant sortir ses cartes lui aussi que l'on se dit que ca serait mieux qu'on éteigne vite la lumière avant qu'il y'en ait un qui décide de se lever pour aller sur scène nous montrer qu'il a travaillé la vidéo de Beretta... (Et puis ca fera rassoir Zakary qui est déjà debout).
20h09, miracle : le noir :)
La musique démarre et arrive Mika Quartz (rien à voir avec Jacky) dans son manteau de matrix. Un type très grand, presque trop grand pour la scène du théâtre... mais ca ne l'empêche pas de démarrer. Une bonne musique anesthésie mon cynisme naturel et je regarde maintenant cette boule en verre s'agiter autour de ses mains, dans une dynamique fluide et régie par des lois de la physique improbables ou incertaines. Tête penchée, la boule sur la tempe... puis d'un coup la tête se penche de l'autre coté et la boule passe sur l'autre tempe... impressionnant. Arrive maintenant une deuxième boule puis une troisième... ca va vite, c'est hypnotique, c'est beau. Je suis sous le charme. Par contre, c'est un peu long parce qu'un peu répétitif... c'est dommage. On repasse à une boule, on fait quelques passes et quelques autres, un foulard, une boule zombi, mais où veut-il en venir? Une grosse charge, puis le final... et c'est terminé. re-le noir.
Je prends le temps de revenir sur les 5 minutes qui viennent de s’écouler, c'est vraiment propre, efficace et en même temps on en aurait aimé un peu moins en quantité et un peu plus en impossible. Je sais pas moi, est-ce que ca marche avec les pieds? avec les genoux? par terre? (Un petit regret aussi pour la charge du final que tous les gens autour de moi ont vu, y compris ma voisine qui a quand même laché un "oh le pauvre, c'est dommage"). Mai bons, il faut quand même reconnaitre que c'est un numéro vraiment beau avec une belle musique. Et du beau, c'est quand même ce que je suis venu voir!
20h16, ne nous attardons pas trop en réflexions, car voilà déjà Laurent qui marche sur la scène devant le rideau, très classe... Mais qu'est-ce qu'il fait? Il se baisse mais de là où je suis je ne vois pas les planches de la scène donc je ne comprends pas ce qu'il se passe. Au bout de 10 secondes, je comprends qu'il y a quelque chose sur le sol, alors je me redresse, me décale et finit par me lever à moitié, juste le temps de voir un chapeau s'enfuir à toutes jambes (si je puis dire) à l'opposé de l'artiste... Mince, je viens de rater l'entrée. Pas grave, cette fois je suis prévenu. (Note pour plus tard: penser à dire à Laurent que du fond, on ne voit pas le sol...) Il s'en va, le noir revient, et déjà le rideau s'ouvre.
Beretta sur une chaise, un cahier et une plume dans les mains pour introduire ce qui sera le fil conducteur du spectacle : Oscar Wilde. Le spectacle s'articule en effet autour de scénettes dont le thème est introduit par une citation de l'écrivain. Je ne vais pas décrire en détail le contenu de ces tranches de vie du spectacle, pour ne pas non plus vous gâcher le plaisir. Et puis ca ne serait pas respecter le travail de l'artiste que de dire qu'il a fait tel tour ou tel technique... D'autant plus que la valeur du spectacle ne réside pas uniquement dans ses tours, elle est dans son âme. On connait le travail de Mr Beretta et on sait quel intérêt il porte aux détails. Ainsi, chacun des déplacements est presque dansé pour s'harmoniser avec la musique. Les tons sombres du décor font ressortir les accessoires et les jeux de lumières sur les costumes permettent de donner de la profondeur à cette scène.
En même temps, si je m'arrête là, je vais me faire insulter par tout le monde, alors je vous en donne un peu : un passage à travers un miroir, un journal déchiré/reconsitué pour le moins inattendu, une routine de cartes (que dis-je... LA routine de cartes), des foulards, de la danse, des chorégraphies à deux... Bref un mélange de magie de scène, de cabaret, de danse et de musique.
On sent dans chaque scénette une vraie recherche pour transcender la magie, pour aller chercher plus loin l'émotion. La magie n'est pas le but, c'est le moyen. En particulier, je suis resté sans voix devant la scénette avec les foulards. Un ventilateur au sol permet à l'artiste de faire jouer les foulards dans les airs, de les faire vivre, c'est vraiment magnifique! (si! si! j'insiste "magnifique").
Une fois que j'ai dit tout ca, si je dois donner mon avis...
21h30, je dirais que je suis mitigé sur le sentiment que laisse le spectacle. C'est un show vraiment magnifique avec un potentiel énorme où l'on sent la recherche et le travail, mais il faut reconnaitre que certains passages sont encore un peu hésitants créant quelques moments de frustration que j'ai regrettés. J'ai aussi été un peu malheureux de ne pas pouvoir profiter pleinement des chorégraphies au sol à cause de ma position au fond de la salle...
22h00, en même temps, c'est quand même un spectacle vraiment excellent à voir et il laisse un souvenir vraiment émouvant... ce qui se fait rare de nos jours.
23h30, c'était quand même vraiment génial... une vraie recherche... surtout les foulards... non vraiment, c'est décidé je vais y retourner, ne serait-ce que pour revoir ca!
Bravo Laurent, et merci.
photo: Z.BElamy