

A lire dans le monde des livres le 9/11/2006, cette critique de "Comment on devient sorcier" de Robert-Houdin par Jacques Baudou.
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A la seconde vue, la suspension éthéréenne, la bouteille inépuisable, le carton fantastique, la pluie d'or, l'oranger merveilleux..." Tels étaient les noms des "prestiges" que Robert-Houdin présentait dans les "Soirées fantastiques" de son théâtre du Palais-Royal.
Cette poétique énonciation rend bien compte du service que Robert-Houdin rendit aux spectacles de magie, qui furent tellement à la mode au XIXe siècle : "Rénovant la magie, il la débarrasse d'un attirail saugrenu, archaïque, macabre. Elle devient souriante, généreuse : un coup de feu sur un oranger stérile, et il se couvre de fruits qu'on distribue au public", écrit Francis Lacassin dans la préface du volume où il a réuni les différents ouvrages de Robert-Houdin.
Il y a là d'abord les Mémoires du grand prestidigitateur, Une vie d'artiste (1858). Comment le fils d'un horloger est-il devenu cet illusionniste célèbre, qui s'est produit devant plusieurs têtes couronnées d'Europe ? Tout commence avec la lecture "accidentelle" d'un Dictionnaire des amusements de la science aux effets inattendus : "De secrets pressentiments m'avertissaient que le succès, la gloire peut-être, se trouvaient un jour pour moi dans l'apparente réalisation du merveilleux et de l'impossible."
LONG ET PATIENT APPRENTISSAGE
Mais avant de parvenir à la maîtrise des "sublimes régions de la magie", il faudra un long et patient apprentissage, dont plusieurs étapes - et en particulier la singulière rencontre avec le magicien Torrini - méritent, ô combien, le qualificatif de "romanesques".
On trouve dans ces Mémoires quelques morceaux de bravoure : le chapitre qui décrit la vie quotidienne d'un escamoteur, cette version foraine du prestidigitateur ; celui où Robert-Houdin est envoyé en Algérie pour détruire l'influence des "faux prophètes qui parviennent à enflammer le fanatisme de leurs coreligionnaires à l'aide de tours de passe-passe primitifs". L'ouvrage se termine d'ailleurs par un appendice intitulé "Un cours de miracles" dans lequel Robert-Houdin démonte les tours effectués par les Aïssaoua lors de son périple algérien.
Cette même volonté de démystification se retrouve dans L'Art de gagner à tous les jeux (1861), dans lequel il dénonce les "grecqueries", c'est-à-dire les trucs utilisés par certains escrocs et les tricheries des joueurs malhonnêtes.
Le volume comprend en outre un manuel de prestidigitation, Comment on devient sorcier : les secrets de la prestidigitation et de la magie, et son utile complément Magie et physique amusante. Robert-Houdin y dévoile une partie de ses "recettes" et la plus importante sans doute : "Ce qu'il importe de posséder dans cet art de la magie simulée, c'est une grande adresse dans les doigts et une extrême finesse dans l'esprit."
Il est complété par le texte consacré aux "commodités domestiques" dont il a doté sa propriété du Prieuré. A le lire, on se prend à rêver à ce que l'imagination et le savoir-faire de Robert-Houdin auraient produit appliqués à la réalisation de la maison truquée d'un serial...
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source : Philippe Beau