

Il est toujours difficile de faire un compte-rendu car il y a beaucoup à dire et on ne sait jamais par où commencer. Doit-on respecter la chronologie ? Faut-il être exhaustif ? Peut-on être objectif ?
Bref, pour structurer un peu, je commencerai par le lieu. « Les caves » sont difficilement classables dans un genre générique connu. Vu de l’extérieur, on dirait un petit bar perdu au coin d’une rue sombre. Sobre et noir, il faut reconnaitre que l’on passerait volontiers devant sans s’arrêter… et pourtant.
Dès le hall d’entrée, le lieu commence à afficher son caractère et la pierre, encore peu intrusive, commence à imposer sa présence. Une fois votre entrée payée et vos formalités de vestiaire réglées, vous êtes invitées à pénétrer ce lieu intrigant en empruntant les marches menant au sous-sol. Là c’est tout un univers de pierre qui s’offre à vous au travers de couloirs bas de plafond et peu éclairé. Tout avançant vers la lumière et le bruit qui vous attire, vous ne manquez pas de remarquer des tonneaux en chêne avec une armature en acier rouillée posés sur le coté. Un peu plus loin, c’est une grosse porte en bois munie d’un imposant verrou qui vous interpelle. Certes il y a une trappe à hauteur d’yeux et il suffirait de l’ouvrir pour savoir ce qu’il ya derrière… Mais le veut-on vraiment ?
Au bout du couloir s’ouvre une grande pièce éclairée en lumière indirecte avec des tables à hauteur de genoux et une ambiance très chaleureuse. Des boiseries autour des alcôves, un sol cabossé, une géométrie inégale et des murs dans tous les sens donnent à ce lieu une apparence d’un autre temps. On comprend aisément, arrivé là, que l’on puisse s’y retrouver dans une ambiance médiévale ou même osons le dire, sado-maso.
Avançant au milieu des gens vers le fond à droite, vous trouvez enfin la délivrance, ce que vous étiez inquiet de ne pas trouver : le bar ! Le vin est bon (le champagne aussi), le diner aussi (bien que peu copieux, il faut en convenir) bref la soirée s’annonce bien.
Après une bonne demi-heure de discussion avec les gens que l’on est toujours ravi de rencontrer ou de revoir, une annonce est faite nous invitant à se diriger vers le fond de la salle (Vous pouvez emmener les verres mais pas les assiettes) Quel fond ? Il n’y a rien à part une grille là bas. Et la grille s’ouvre, pour nous inviter à traverser un autre petit couloir de pierre et arriver sur une petite salle de spectacles. 7 rangs de 8 ou 10 chaises, des bancs fixés au mur sur les cotés, et pas de siège de libre…Tant pis, on est bien aussi debout au fond. Et puis c’est près de la sortie, idéal pour un besoin urgent de se remplir ou se vider.
Le spectacle commence donc par une prestation narrative de John Fiks que je vois travailler pour la première fois. J’ai entendu pas mal de choses sur sa prestation et j’imagine que les avis doivent être partagés. C’est une magie très classique qui nous a été présentée et les magiciens venus voir des effets nouveaux partiront déçus, autant le dire tout de suite. Des routines très propres de gobelets, anneaux et cordes exécutés avec une maitrise qu’on ne peut contester et qui fait oublier qu’il y a besoin de travail pour exécuter ces tours.
Au-delà des tours en eux-mêmes, c’est surtout le travail narratif qui est plaisant à retenir. Chacun des tours a sa place dans le contexte, chacun des gestes accompagne un mot et chacun des mots sert l’histoire qui nous est narrée. Ce souci de la présentation se perd de nos jours et je pense qu’il apporte vraiment quelque chose à la prestation. Ce n’est pas juste un tour, c’est un numéro en entier. Certains n’aimeront pas, d’autres aimeront… il faut voir pour se faire une idée. Le passage de Fiks se conclue par un passage de mentaliste de Fred Ericksen. Une routine de livres et une routine divinatoire assez intrigante concluent la première partie avant l’entracte durant laquelle certains pourront assister à quelques effets de close-up.
Nous voilà de retour dans la salle pour la représentation des invités du soir : les Brunophils. Je dois le confesser, je ne connaissais pas du tout leur travail, je savais juste ce que tout le monde m’en avait dit : c’est génial. Parfait, voyons donc de quoi il retourne.
Une salle noire, de la musique qui démarre. Deux ombres apparaissent très distinctement et commencent à danser… La salle explose de rire, le ton est donné : ce soir on va rire.
Je ne vais pas rentrer dans le détail des numéros en eux-mêmes parce que je serais trop tenté de vous raconter certains gags ou certaines chutes qui nous ont tant fait rire et qui sont l’essence même du spectacle...
Parlons plutôt de tout ce qu’il y a autour… On pourrait dire que c’est un spectacle comique où la magie n’est qu’un prétexte à rire. Chacun des effets s’accompagne de son stock d’effets comiques soit verbaux soit de situation. Il n’est pas un tour où le public n’a pas ri à gorges déployées. Je passerais sous silence le rire très caractéristique et reconnaissable de notre ami Stone qui retient parfois difficilement ses « oh putain » ou « rah c’est énorme ». (Sans rancune dav’ hein). J’ai vu des gens littéralement se plier de rire, c’était beau et génial. Rien que pour cela le spectacle était magique…
Mais si je ne vous disais que cela, vous seriez tenté de croire que c’est un spectacle à petit budget et petits effets magiques. Vous pourriez même (ô mon dieu) vous imaginer que c’est le burlesque qui rend ce spectacle attrayant et que les effets sont tirés d’une boite de jeux pour enfants… Vous auriez bien tort. La magie n’a pas été oubliée loin s’en faut. On retrouve des effets vraiment forts et des adaptations de tours vraiment intelligentes. Certains vous donneront même des nœuds au cerveau… Croyez-moi si vous aimez la magie, vous ne serez pas en reste !
Le spectacle se termine et nous retournons dans la grande salle où les Brunophils se sont à nouveau fait applaudir par la trentaine de personnes restées boire un coup après les représentations. Des groupes se forment, les conversations commencent et les magiciens s’illustrent par leur pire travers : ils parlent magie en picolant.
C’était un vraiment bel endroit pour une vraiment belle soirée…