

Nous bouclons à peine le prochain magazine Magicus et voilà que tombe la nouvelle qui nous touche particulièrement puisque nous venions à peine de consacrer à Monsieur Delord un numéro spécial de Magicus.
Ce numéro l'avait ému et il nous confiait "je ne mérite pas autant d'éloges, j'aimerai être celui que vous décrivez". Il avait l'humilité et l'élégance des grands, ceux peuvent converser avec vous pendant des heures sans parler d'eux, comme le font la plupart des magiciens qui n'ont pas fait la moitié du tiers de ce qu'à réalisé Jacques Delord en 40 ans de magie.
Il faut que les magiciens retiennent un minimum d'informations sur lui, car les copier-coller dont rafolent les journaleux du net correspondent peu ou prou à ce que les ciseaux sont à la colle hue hue bouricot ...
Le maître mot pour Jacques Delord restera L'ECRITURE. Il a commencé, adolescent, par apprendre des textes pour le théâtre et à lire de la poésie. Quand viendra sa trilogie (Sois le Magicien, L'Eternel Magicien, Sois l'Enchanteur) -qu'aucun éditeur n'a eu le courage de rééditer !- (évidemment, il n'y a rien sur le faux pouce et la carte déchirée), il révèlera à la génération actuelle de quadragénaire (ou pire !) une oeuvre intemporelle ouvant sur les chemins de l'art magique et non pas sur la technique du pilotage automatique ...
La série culte (1976-1978) des Ateliers du Magicien, présentée et co-produite par Jacques Delord sur FR3, donnera un nouveau souffle à cette période entâchée des émissions de physique pas amusante rabaissant l'art magique au rang de vulgaire truc. Mot que détestait Jacques. Il venait encore de délencher une vague de passionnés de magie, confortant les lecteurs de sa trilogie a poursuivre dans la voie magique.
Puis, petite période genre traversée du désert, où il s'envolera pour l'Afrique et l'Asie. L'Alliance Française lui signera de beaux contrats et il se produira devant des milliers d'enfants africains et asiatiques, les yeux grands ouverts face à cet homme seul, armé de quelques cordes et d'une voix rompue au théâtre depuis l'adolescence.
Son dernier projet - verra-t-il le jour ? - était un livre sur lequel il travaillait depuis plus de dix ans. Une partie "journal de bord" et une partie romanesque. Les éditeurs faisaient la fine bouche et lui ne voulait pas faire de concession. Il attendait. C'est d'ailleurs pour ça que j'ai pensé réaliser un numéro spécial de Magicus car je sentais bien que son livre tarderait ...
La corde vient d'être coupée et notre tristesse est irréparable, mais Delord croyait à la réincarnation et à plein d'autres voies mystiques qui m'échappaient cruellement (c'était la seule source de notre désaccord). Il nous disait depuis déjà plus de quinze ans : "la magie, pour moi, ce n'est qu'un passage". Où êtes-vous Jacques ?
Didier Puech, directeur de la publication Magicus
Photo: Z.Belamy