

A l'occasion de la sortie en DVD du coffret "Robert Bresson", voici l'occasion de découvrir le célèbre pickpocket Tunisien Kassagi qui a joué dans l'un des films de Bresson. Intitulé "Pickpocket", il y tient le rôle d'un "enseignant de la mauvaise école" qui va éduquer et apprendre le métier au personnage clé du film.
Extrait de
Parutions.com
"Ce film n’est pas du genre policier, l’auteur s’efforce d’exprimer par des images et des sons, le cauchemar d’un jeune homme poussé par sa faiblesse dans une aventure de vol à la tire. Cette aventure réunira deux âmes qui sans elle ne se seraient peut-être jamais connues. » Ce texte, déroulant après le générique de début, résume l’intrigue et les contradictions de Michel (Martin La Salle). Intimement persuadé que des êtres supérieurs peuvent enfreindre la loi sans conséquences, ce jeune homme, sans ressources, commence à fréquenter des lieux publics afin d’y commettre des larcins. Prenant pour modèle George Barrington (son livre de chevet, Le Prince des Pickpockets, narre les exploits de ce célèbre voleur et écrivain d’origine irlandaise), il tombe promptement dans un engrenage inextricable. Un pickpocket expérimenté, interprété par le prestidigitateur Kassagi (également conseiller technique pour régler les gestes des voleurs), l’initie à cette pratique malhonnête, où il se révèle particulièrement doué.
La montée d’adrénaline et la sensation de dominer le monde, éprouvées par Michel lors de chaque vol, ressemblent aux sentiments ressentis par Le Joueur de Dostoïevski. Le héros de Crime et châtiment, de ce même auteur, a également inspiré Robert Bresson, qui adaptera plus tard deux autres ses récits, Une Femme douce (1969), et Les Nuits blanches dans Quatre nuits d’un rêveur (1971). L’écrivain russe et le cinéaste, pareillement intéressés par la dualité de l’être humain déchiré entre le mal et la morale, utilisent une rhétorique chrétienne avec les notions de péché, d’abandon, de renoncement et de rédemption.
Le titre Incertitude, d’abord retenu par le réalisateur, correspondait à son souhait de vouloir « rendre palpable que les chemins que nous prenons dans la vie ne conduisent pas toujours à destination », tout du moins à celle prévue. Les chemins empruntés par Michel sont sinueux. Malgré la honte, et en dépit de l’amour de Jeanne (Marika Green), de l’amitié de Jacques (Pierre Leymarie), et de la suspicion de la police à son égard, il ne peut s’empêcher de voler. Cet agnostique, qui a toutefois « cru en Dieu pendant trois minutes » durant l’enterrement de sa mère, s’enferme dans un solipsisme romantique. Il refuse d’entretenir de réels rapports avec ses proches, « vous n’êtes pas dans la vie réelle, rien ne vous intéresse » lui assène Jeanne. Cependant, tandis qu’il maintient une certaine distance avec son entourage, il s’immisce brutalement dans l’intimité d’inconnus qu’il dépouille lors de contacts fugaces. La dernière scène du film, lorsque Michel prononce une des plus célèbres répliques du cinéma : « O Jeanne, pour aller jusqu'à toi, quel drôle de chemin il m’a fallu prendre ! » met un terme à son enfermement psychologique. Il trouve enfin sa voie après une longue errance, alors que paradoxalement il se tient derrière les barreaux du parloir de la prison, à travers lesquels ses mains ne cherchent plus à dérober des objets, mais à toucher Jeanne en signe de contrition. Cette conclusion optimiste, diffère de celles de la plupart des autres œuvres du cinéaste, où nulle issue, hormis la mort, n’est en général offerte aux personnages..."
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