

Le Monde publie un excellent article sur Arturo!
Extrait:
De King Kong à Napoléon, les mille visages d'Arturo Brachetti
LE MONDE
Avec une vitesse et une habileté stupéfiantes, le transformiste fait défiler sur la scène du Théâtre Mogador personnages historiques ou stars hollywoodiennes.
Pourquoi tant d'habileté ? Arturo Brachetti, officiellement transformiste, change de peau comme de chemise, et si vite qu'on n'y voit que du feu - un instant Scarlet O'Hara en costume d'apparat, l'autre en James Bond portant smoking. Mais pourquoi ? Pour épater la galerie ? En quelques années, ce jeune Turinois portant houppette a pris des habitudes télévisuelles. De la magie de cabaret - le Paradis latin, où il fut programmé par le directeur Jean-Marie Rivière au début des années 1990 - il lui a fallu passer à l'esbroufe, pour garder sa place de premier de la classe des virtuoses de la métamorphose.
L'Italien, titulaire d'un Molière pour le meilleur one-man-show en 2000, a appris à changer de tête et de costume au séminaire, où un prêtre passionné par la magie lui montra comment déguiser le réel et imaginer l'invisible. Il découvre alors Fragoli (1867-1936), illusionniste italien qui fit aussi les belles heures de l'Olympia du temps où la salle était un haut lieu du music-hall.
Après avoir écumé les théâtres en Europe ou au Canada, Arturo Brachetti a choisi le camp hollywoodien : musiques pompeuses (Goldfinger, Autant en emporte le vent, Les Dents de la mer, King Kong), sens de la famille et du conte qui finit bien tissent la toile de fond de son nouveau spectacle présenté au Théâtre Mogador, à Paris, avant de partir en tournée.
Arturo Brachetti excelle dans les transformations féminines - il fut le magicien androgyne de Clémentine tango, film de Caroline Roboh. Il est une impayable Belle au bois dormant chantant "Un jour mon prince viendra...", un très bon Frankenstein aussi, et un hilarant King Kong mangeur de bananes - ce qui lui permet une transformation éclair (2, 3 secondes ?) en Carmen Miranda, reine brésilienne des comédies musicales hollywoodiennes des années 1950 connue pour chanter la gloire des bananes et autres fruits défendus.
APRÈS LA PAUSE, LE CINÉMA
Arturo Brachetti a une vraie culture du music-hall, que le petit écran n'a pas réussi à corrompre. Au music-hall, il y a entracte. Après la pause, c'est cinéma. Hollywood donc, une vingtaine de références avec costumes somptueux et virtuosité impressionnante, enchaînées comme en tourbillon. Un gros cube de bois cache les secrets de fabrication. Arturo Brachetti entre par une porte, sort par une autre - il a déjà laissé la peau de King Kong pour devenir le Dictateur de Charlie Chaplin, ou l'inverse, tout va très vite. Un aileron de requin (Les Dents de la mer) passant sous une couverture aquatique, un rideau rouge avec ombre de poignard (Hitchcok)... C'est drôle, épatant.
Tous ces clins d'œil ressemblent à des inventions d'enfant, avec leurs règles désordonnées mais strictes adoptées sur le vif - "Un, deux, trois, Missi-ssi-ppi, quatre, cinq, six, tourbillons", selon le jeu de l'élastique actuellement en vogue dans les écoles.
Dans une première partie fourre-tout, Brachetti pose son décor théâtral : un grenier, qu'il doit déménager après la disparition de la Mamma, pas tout à fait absente puisque revenue par le biais d'un sac à main rouge, et une voix venue de l'inconscient interdisant l'ouverture de l'accessoire le plus intime de la mère. Des marionnettes, un piano, une malle, des foulards, un violon, une lampe électrique servent d'accessoires au transformiste.
Il y a aussi un chapeau, enfin, une sorte de rond de feutre percé en son centre, qui sert à Brachetti pour incarner une vingtaine de personnages à chapeau : Napoléon évidemment, le toréador, le cosaque, le garde de la royauté britannique, la grande duchesse, etc. On comprend dès cet instant que l'habilité manuelle d'Arturo Brachetti devait être comme un don offert à la naissance par un séraphin espiègle.
Arturo Brachetti fait salle comble, à cause de ses attentions rassembleuses. Mais, sous les apparences du politiquement correct, se glisse un Italien irréductible : un portrait du Christ passe en clin d'œil, et puis, au final, c'est un magnifique hommage à Fellini qui est offert, avec transformation en Giuletta Massini, avec 8 -, avec L'Aventtura et La Strada, et la phrase de Fellini répondue à un petit garçon de 8 ans (Arturo) : "Si tu veux devenir comme moi, ne grandis jamais."
Sources: Véronique Mortaigne Et Le monde
Infos:
Théâtre Mogador, 25, rue Mogador, Paris-9e. Métro Trinité. Du mardi au samedi à 20 h 30, samedi et dimanche à 15 h 30. De 25 € à 53 €. Jusqu'au 8 janvier, puis tournée française et européenne.
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