| Rencontre avec JEROME HELFENSTEIN, un jeune magicien professionnel qui collectionne déjà de nombreux prix magiques (- PRIX DIAVOL en scène 1998, 2ème PRIX AFAP en scène 1999, 1er PRIX AFAP en close-up 2000 , 2ème PRIX COLOMBE D'OR en 2002 ! ) aussi bien en scène qu'en close-up !
A l'âge de treize ans, il est entré à l'Ecole de Cirque d'Annecy et découvert les techniques de base en matière de jonglerie. C'est là qu'il découvre la magie avec le livre de Patrick Page ( Illusionnisme et tours de prestidigitation).
Il fait aujourd'hui partie du club FFAP de Grenoble, de la compagnie "Eclats de cirque" et du "Groupe Illusion"( groupe de cinq férus de magie de l'amicale de Grenoble Philippe Beau, Julien Labigne, David Coven et Julien Peccoud.)
Une interview sympathique avec un garçon plein d'humour qui s'intéresse aussi au mime, au théâtre ou à la danse corporelle.
Alexandra
PORTAIT
Nom : Helfenstein (« la pierre qui aide » en français)
Prénom : mes parents ont hésité entre Raymond, Hervé et Jérôme. Par chance ils ont choisi Jérôme.
Date de naissance : Né prématuré à Annecy le 14 novembre 1979 à 5 heures, 32 minutes et 13 secondes, un jour de première neige.
1er contact avec magie : le show de Siegfried and Roy que je décortiquais image par image pour en comprendre les astuces. Puis le livre de Patrick Page qu'un ami m'avait sympathiquement prêté et qui fut pendant longtemps mon livre de chevet ; enfin, avant de me le faire voler par un type de mon école (le futur magicien masqué ???).
1ère apparition en public : loin d'une salle de spectacle, c'est la cour de mon immeuble qui a accueilli, ou plutôt subi ma première représentation publique. En effet, avec mes voisins nous avions monté en 1993 un petit spectacle de magie et jonglerie pour les habitants de notre immeuble.
Concours (magie): J'ai effectivement quelques coupes poussiéreuses dans le fin fond de ma cave, gagnées dans des congrès et festivals comme l'AFAP, le Colombe d'Or, le Prix Diavol, le Festival de l'Eau d'Olle, de Vichy, etc…(vous remarquerez que l'on met toujours « etc » quand on a plus rien à marquer).
formation (études) : Brevet des collèges (quel talent !), Bac scientifique, poursuite d'étude en physique (mouais) puis en gestion (berkkk !).
Hobbies : les arts du cirque, le sport (escalade et jeux de raquettes), le cinéma, écrire des histoires, le design, les cactus … éventuellement la magie.
Projets : J'ai mis sur pied ces derniers temps deux numéros visuels, l'un jouant sur la notion d'infini et l'autre sur un jeu avec la lumière, que je souhaite vraiment faire découvrir. D'autres idées sont encore sur le papier et se mettent progressivement en place. Il y a aussi la conférence dont je n'ai fait pour l'heure, aucune publicité, mais que je vais progressivement essayer de faire connaître. J'aimerai vraiment faire parti d'une équipe de magiciens (ou autres artistes) dans le but de monter un spectacle magique qui sort franchement de l'ordinaire. Bien sûr mon plus grand souhait reste de pouvoir vivre encore longtemps de ce métier atypique et passionnant…
Alexandra Donelly : Comment vous êtes vous fait connaître dans le monde de la magie ?
Jérome : Par mon nom bien sûr, il est tellement facile à orthographier et à retenir Connu du milieu magique, c'est déjà quelque peu ambitieux. Disons que les différents concours auxquels j'ai participé m'ont fait connaître des habitués des congrès. Ensuite, avec Julien, nous avons eu plusieurs engagements dans des congrès comme celui de l'AFAP, pardon de l'FFAP, et de la Colombe d'Or. J'en profite au passage pour ouvrir une parenthèse (et remercier des gens comme Jo Maldera, Didier Ladane, Frédéric Denis et Jean-Pierre Vallarino pour nous avoir fait confiance). La revue de l'AFAP a contribué aussi à cette notoriété de quartier en nous mettant (enfin son rédacteur) avec Juju en page de couverture. Je n'en demandais pas autant. Et puis la conférence, les festivals, les comptes-rendus, les critiques sur le Net, cette interview, ma recette du gratin de nouilles au Beaufort…
Quelles sont vos 5 lectures de références en magie ?
N'ayant pas lu plus de 4 livres de magie, je ne sais comment vous répondre. Non sérieusement, je me sens obligé symboliquement de citer le manuel de la prestidigitation de Patrick Page avec lequel j'ai appris mes premiers tours. Le « Jean Merlin's Magic Book » m'a beaucoup plu par ces parties anecdotiques et les nombreux conseils et points de vue présents tout au long du livre. Je conseille le livre « New Wave Close-up » de Thomas Hierling ; un très bon ouvrage de magie commerciale mais je suis sûr que vous l'avez déjà tous lu. Le livre de Chris Kenner « Out of control », passionnant autant sur le fond que sur la forme. Pour finir, allez faire un tour dans les ouvrages de Paul Harris, c'est truffé d'effets originaux.
Vous avez gagné plusieurs compétitions magiques. Etes vous un habitués des concours ?
Aujourd'hui, si vous êtes inconnu du milieu magique, que vous montez un numéro de dix minutes et que vous souhaitez le jouer dans des conditions de théâtre, une seule solution : les concours. Voilà pourquoi je me suis shooté aux concours pendant quelques années. Cette drogue est très stimulante, un excellent catalyseur, l'occasion rêvé de faire partager ses « délires créatifs » devant un public d'initiés et quoique l'on en pense, en cas de réussite, un bon tremplin pour l'avenir. J'oublie la chose la plus importante ; ça insiste à s'éloigner des standards vus et revenus par les magiciens, et même bientôt, du grand public. Attention tout de même à ne pas rester perché. La magie devant des magiciens c'est une chose, mais c'est avant tout au grand public qu'il faut la faire découvrir sous une forme nouvelle pour monter qu'il y a autre chose que le lapin dans le chapeau et la femme coupée en deux. Pardon, je parts en digression…
Vous avez monté plusieurs numéros de scène qui sortent des sentiers battus, dont ce numéro très original sur l'infini. Pouvez vous nous en dire un peu plus ? Quelle est votre démarche pour mener à bien ces numéros ?
Je vois souvent écrit dans les sites de magiciens : « Entrez dans l'univers onirique de … le magicien ». Moi je veux bien rentrez dans un univers onirique mais encore faut-il m'en ouvrir la porte. Très souvent elle est verrouillée par plusieurs cadenas. Faire « rêver » le spectateur, je pense que ce n'est pas simplement prendre des bons tours de marchands de truc et les mettre bout à bout, le tout sur une musique pseudo poétique. Les spectateurs apprécieront votre dextérité, prendront un malin plaisir à chercher vos trucs, mais je doute qu'ils prennent un réel attachement pour votre numéro. Un spectacle construit de la sorte me semble trop terre à terre et dénudé de sens pour que le spectateur rentre dans votre spectacle au point d'en oublier les trucages. N'oublions pas que le rêve c'est une transformation de la réalité pour nous transporter dans un univers imaginaire. J'essaye toujours de garder ces petites pensées en tête à chaque fois que je monte un numéro de scène. Dans le numéro de l'infini par exemple, j'ai essayé de scénariser le numéro en créant un personnage mystérieux qui évolue dans un univers absurde et oppressant. L'objectif de cette démarche n'est pas d'impressionner les gens par l'aspect spectaculaire des effets magiques mais de les faire rentrer dans une histoire imaginaire servie par des effets magiques. Un peu comme si vous étiez absorbez par le scénario d'un film ou le récit d'un livre. L'autre numéro dont je vous ai parlé dans la partie « Projets » est construit autour d'une opposition et d'un contraste entre l'ombre et la lumière. Il y a de la magie mais l'ensemble reste un numéro d'art annexe qui se veut agréable à regarder. D'autres numéros sont en construction mais je vous en parlerai quand ils seront définitivement en place.
Quels sont les artistes magiciens qui vous ont le plus influencé ?
Je ne serais pas aussi passionné de magie aujourd'hui si je n'avais pas rencontré des amis d'Annecy et de Grenoble comme Julien Labigne, Laurent Beretta, Philippe Beau, David Coven, Luc Parson, … et tous les copains de la Cie Eclats de Cirque. Je n'ai pas particulièrement de « magiciens cultes » et n'ai jamais trop cherché à reproduire tels ou tels styles de magiciens. J'aime par exemple l'approche magique de Penn and Teller, Arturo Barchetti, Vito Lupo, Tommy Wonder…; la personnalité en scène de Sylvain Mirouf, David Stone (ce n'est pas démago), Gaétan Bloom … ; la technique de Bilis, Bebel, Lenart Green… ; le travail en équipe de la Cie Aristobule, Carmelo et Crimet, les copains de Tout est écrit…
Sans pour autant me pondre une thèse de philo, en quoi la magie s'apparente-t-elle à un art, selon vous ?
Pffffooouuuuuu…
Bon, je réitère ma question : en quoi selon vous la magie s'apparente-t-elle à un art ?
Un grand verre d'eau, quelques substances psychédéliques ... et c'est parti : A en croire mes cours de philo, il convient d'abord de définir le mot « art » avant dans se lancer dans un tel sujet. En partant du principe que l'art se défini par l'ensemble des créations humaines visant à l'expression d'un idéal esthétique, je ne vois en rien pourquoi les créations de CERTAINS magiciens ne s'apparenteraient pas à cette notion. Le mot CERTAIN a toute son importance. Si le numéro de la statue à deux têtes produit par Jérôme Murat a certes une dimension artistique, je doute que cela en soit de même pour un numéro de production de fleurs en plumes et foulards bariolés sortis tout droit d'une boîte recouverte avec cinq couches de strass, le tout bien sûr sous l'accompagnement musical inaudible du dernier Hit Machine. Sans ambiance, scénario, approche esthétique, univers imaginaire, la magie reste un défi à l'intellect qui lui, ne s'apparente pas à un art. Art mineur, art majeur ou Reine des Arts me direz-vous maintenant? Une chose est sûre, la magie, et plus particulièrement la magie de scène ne se suffit plus à elle-même : elle est la résultante chez les magiciens contemporains d'une alchimie (le Grand Art d'ailleurs) entre des disciplines artistiques telles que la danse, la musique, le mime ou encore le théâtre. Un art qui se nourri des autres pour exister me semble la bonne définition d'un art mineur. Concomitamment à cela, le mot « magique » est le plus utilisé dans le monde de la communication pour mettre en valeur le caractère exceptionnel d'un événement. Cette notion très forte mise derrière le mot « magie » explique peut-être pourquoi certains qualifient la prestidigitation de Reines des Arts. La facilité à pouvoir se marier avec d'autres arts majeurs en est aussi une explication.
Synthèse engagée: la magie est une discipline artistique qui mérite sa place sur les scènes Nationales et les centres culturels à la même enseigne que les autres. Certains artistes/magiciens ont entrouvert les portes, à nous de mettre un grand coup dedans en travaillant dans la bonne direction pour qu'un jour on parle du renouveau de la magie comme c'est le cas actuellement pour les arts du cirque.
Une anecdote croustillante (ou non)?
Vous avez bien fait de préciser le « ou non ». Voici le close-up le plus extrême que j'ai pu faire dans ma nanoscopique carrière de magicien. Le genre de soirée qui peut vous dégoûter à vie de la magie de proximité. Un type m'appelle : « Bonjour Jérôme, êtes-vous disponible pour une soirée en chalet à Courchevel le 18 décembre 2001 ? ». Je me souviens encore de la date tellement ce close-up m'a marqué. Le plan a l'air intéressant, bien payé, une soirée d'entreprise, seulement quarante personnes, je dis oui ! Quelle erreur. Le type me donne rendez-vous dans un endroit douteux en bordure de route à 1800 mètres d'altitude dans l'obscurité la plus totale. Une autre personne vient me chercher en scooter des neiges (tiens donc ?) pour m'emmener dans les profondeurs des bois, au sommet de la station. Je prends contact dans la pénombre avec le responsable de l'événement qui m'explique que la première partie du close-up se fera dans un igloo pendant le temps du cocktail (elle est bonne celle-là). Non, non, ce monsieur n'a pas fait l'école du rire, il me conduit de suite dans un igloo ou effectivement se trouve au centre, sur une bûche, un petit buffet. J'essaye de lui faire comprendre la difficulté, voir l'impossibilité d'opérer dans ces conditions, mais en vain. Sur ce, il part chercher les clients. Une minute, puis deux, puis trente-deux. Ils ne sont toujours pas là. Il fait facile moins cinq, moins dix degrés. Je suis complètement congelé de la tête au pied. Il n'est même plus question de bouger les doigts et d'avoir une articulation orale normale. Et là, je vois quarante personnes surexcitées qui entrent dans l'igloo. Il n'y a plus un mètre carré pour circuler dans l'espace confiné. Sûr de moi, je me relaxe en sachant pertinemment que le gars a bien compris que les doigts congelés, dans un espace minuscule éclairé par deux bougies, il est impossible de faire le moindre tour de magie. J'entends pourtant quelques secondes plus tard la voix de l'organisateur crier à la manière d'un DJ en mal de mettre l'ambiance : « Et maintenant ! un étonnant numéro de magie !! avec notre magicien, Jérôme Helfenstein !!! ». Il n'y a plus d'alternative possible, je dois y aller. J'enlève mon blouson et mes gants, plonge dans ma mallette, attrape à l'arrache quelques bouts de corde et tente péniblement de faire de la magie en équilibre sur une bûche à une ronde de personnes déjà bien imbibées d'alcool. Plus jamais ça ; enfin c'est ce que je croyais. L'organisateur vient me voir pour me dire que cela avait bien plu au client et qu'il souhaiterait que je continue pendant le repas. Me voilà maintenant dans un chalet non chauffé à faire des tours entre blagues de cul, bourrage de gueule et strip-tease d'une bonne partie des invités. Un conseil, sautez tout de suite à la page 112 du livre de Merlin à l'article « Savoir dire NON ».
Etes vous un créateur en magie ou vous considérez-vous plutôt comme un interprète ?
Si je vous dis que je suis plutôt un créateur, cela fait tout de suite prétentieux. Si je vous dis que je suis uniquement un interprète, je pense vous mentir. Disons que j'aime la création en magie et d'une manière générale. Je prends peu de plaisir à faire de l'interprétation : Obtenir des applaudissements nourris avec une banale présentation d'un jeu invisible, d'une routine de balles mousses et d'un numéro d'anneaux chinois m'a toujours donné de l'urticaire. Un comédien avec quelques jours d'entraînement obtiendrait le même succès…où est le mérite là dedans ? Il y a tromperie en la matière. De plus il suffit de voir n'importe quel concours ou festival de magie pour prendre conscience que nous faisons tous les mêmes routines, avec les mêmes costumes, sur la même bande son…le public ne va-t-il pas s'en lacer ? Voilà pourquoi j'attache une importance de taille à la création dans un numéro de magie, aussi bien dans le scénario et la présentation que dans l'originalité des effets. C'est un travail aussi important (si ce n'est mille fois plus) que celui de perfectionner sa levée double gyroscopique d'une main les yeux bandés. Nous avons tous une façon de voir les choses, un ressenti et un imaginaire différent qui devrait nous pousser chacun à concevoir des numéros personnels. Est-ce vraiment le cas aujourd'hui ? Pas si sûr. La magie est pourtant un art subtil et malléable qui ouvre du fait une grande place à la création dans toutes ces formes ; il serait dommage de ne pas en profiter.

Si je vous donne une baguette magique, que feriez-vous et qu'aimeriez-vous changer dans le monde de la magie ?
Ah si j'avais une baguette magique… - Réponse nulle : je ferai la baguette kiss-kass - Réponse à la Patrick Sébastien : je ferai en sorte que tous les magiciens du monde se donnent la main pour faire disparaître la guerre et la misère dans le monde. - Réponse de Beauf : je ferai disparaître ma gonzesse, multiplierai les bouteilles de Kro, ferai apparaître une 206 HDI Tuning avec double pot Supersprint… - Réponse engagée : je ferai disparaître le kitsch et le medef … surtout le medef. - Réponse normale : je changerai la mentalité quelque peu trop snobinarde et « m'as-tu vu » présente dans les congrès de magicos. Je créerai des scènes ouvertes plutôt que des concours pour mettre fin à cet aspect compétitif redondant dans le milieu magique. Je débloquerai des fonds d'aide à la création aux artistes magiciens qui prônent un renouveau comme cela se fait dans les autres branches du spectacle vivant. - Réponse originale : ne sachant pas trop quoi répondre, je ferai disparaître la question et du coup la
Peux-tu nous parler de ta collaboration avec Julien Labigne, Philippe Beau et la compagnie Eclats de cirque ?
Avec plaisir. C'est tellement plaisant et enrichissant de faire du spectacle à plusieurs. J'ai fait mes premiers spectacles au sein de la compagnie Eclats de cirque. Une bande de plusieurs copains, qui, par passion pour le cirque et la magie ont décidé de monter un spectacle ensemble. L'aventure à durer sept/huit ans. Plus tard, en compagnie de gens comme Philippe Beau, Julien Labigne, David Coven et Julien Peccoud, nous formons le groupe Illusion (vous noterez l'originalité du nom que nous avons donné au groupe). De cette association émergent un numéro de scène, un spectacle de close-up à cinq et des sketches de présentation. Plus récemment, avec Julien, nous avons monté des numéros de présentation pour différents congrès. Cette expérience m'a convaincu que c'est le travail collectif qui fera évoluer notre discipline. Nous avons des années lumières de retard sur ce point. Les artistes de cirque, les danseurs, les comédiens… ont vite compris le potentiel créatif et la richesse du jeu de scène qu'il y a derrière le travail en équipe. Stop à la mégalomanie et l'individualisme à outrance, mettons tout cela en poche pour nous consacrer à un vrai travail collectif … bon j'arrête mon discours de propagande et comme nous arrivons à la dernière question, j'en profite pour vous remercier, Adonely, toute l'équipe de magiczoom, pour m'avoir proposé cette interview.
Merci Jérome !
Propos recueillis par Alexandra Donnely le 30 juin 2005.
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