A tous ceux à qui j'ai posé la question, le nom de Maurice Saltano éveille aussitôt la notion d' Histoire de la magie. Bien connu des magiciens pour les nombreuses publications sur le sujet mais beaucoup moins pour l'exceptionnelle richesse de sa vie artistique, Maurice Saltano a pourtant géré une carrière on ne peut plus éclectique : Magicien, Marionnettiste, Peintre chiffonnier, Ventriloque, Clown, Musicien, Agent d'artistes, Ombromane, Spécialiste de la cabine spirite, Conseillé artistique pour le cinéma, écrivain, historien… la liste ne semble jamais d'arrêter au fur et à mesure que l'on découvre l'artiste.
De ses débuts comme attraction dans les cinémas à la piste de Medrano ou encore des prestigieux cabarets aux plus grandes émissions de télévision, c'est avec beaucoup d'humour qu'il nous résume une vie d'artiste au regard à la fois tendre et juste sur une époque dont la richesse et l'effervescence artistique semble révolue.
Rencontre avec un personnage dont la simplicité n'a d'égale que le sens de l'humour pour découvrir une vie de roman, riche d'anecdotes et de rencontres avec des noms qui font rêver. Alexandra

Portrait :
Nom : Maurice
Rénom :Saltano
date de naissance : 26 Février 1930
1er contact avec magie : j'avais 8 ou 9 ans. Mon grand-père m'a fait un tour de cartes bidon (je me souviens qu'il retrouvait ma carte en mettant le jeu dans son dos). Je ne sais plus s'il m'a expliqué le procédé ou bien si je l' ai deviné (c'était vraiment n'importe quoi) mais j'ai découvert, grâce à lui, le bonheur de pouvoir « faire de la magie ». Mon aïeul n'avait qu'un bras (ayant laissé l'autre dans les tranchées de la fiesta 14/18) et quand je vois René Lavand, je pense à lui. Il n'était vraiment pas fort en magie, mais il était truffé d'éclats d'obus qui ressortaient un à un de son corps, de temps à autre, au fil des années, à travers sa peau, et il les exposait religieusement sous un globe de verre sur la cheminée. Cela, René Lavand ne le fait pas, je suppose…
1ère apparition en public : A 10 ans . J'ai fabriqué une scène dans l'appartement de mes parents avec coulisses et éclairages et j'y faisais des spectacles pour mes copains sous le pseudonyme de « Myster » qui me paraissait très original.
Formation : lycée technique (tissage)
Concours: aucun, n'ayant pas l'esprit de compétition.(un psychologue a indiqué sur son rapport me concernant que je n'avais aucun sens de la hiérarchie. J'ai essayé de me corriger sur ce plan, par la suite.)
hobbies : aucun. Je crois détenir un record dans le genre. On a essayé de me coincer, sans résultat. Je ne sais jouer à aucun jeu (cartes, boules, dames, échecs, etc.). Je fais tapisserie dans les soirées dansantes, déteste le ski, le patin à glace, la baignade, les randonnées, la chasse, la pêche, le sport en général, la philatélie, etc. Pour compléter le tableau je ne sais pas faire la cuisine, je ne reconnais pas la marque des voitures (j'ai essayé plusieurs fois de faire démarrer une voiture qui n'était pas la mienne).Si quelqu'un souffre des mêmes problèmes, me contacter. On monte un club.
Objectifs à court terme et Projets : A l'âge que j'ai on ne peut raisonnablement plus faire de projets, ou à très court terme. Pour l'instant le seul projet que je formule est de terminer ma réponse à votre interview !

Alexandra Donelly : Bonjour Maurice, merci de m'accorder cette interview. Parlons un peu de vos débuts... et pourquoi pas de votre première apparition en public ?
Maurice Saltano : A 10 ans j'avais trouvé chez un libraire le livre « Tous prestidigitateurs » de Luc Mégret. J'ai cassé ma tirelire et complété de façon pas très honnête, bref j'ai trouvé de quoi acheter le livre. Mes parents occupaient un appartement provisoirement à moitié vide et disponible toute la journée. J'y ai fabriqué une scène avec coulisses et éclairages et j'y faisais des spectacles pour mes copains sous le pseudonyme de « Myster » qui me paraissait très original.
Le seul bon truc expliqué dans le livre était celui de la lecture les yeux bandés (avec étiquettes et tampons de coton). A quelque chose près c'est le procédé qu'utilise Gary Kurtz). Les spectateurs traçaient sur le plancher un parcours, avec une craie, et inscrivaient par endroit des noms de villes. Bien que je sois censé ne rien voir, je suivais le parcours avec mes pieds et lisait les noms. C'est un effet excellent. Sur les programmes faits à la main j'avais baptisé ce tour « Le labyrinthe du derviche ».
Je faisais aussi une « cabine spirite » avec comme partenaire une fille qui habitait dans notre immeuble. Gaëtan Bloom, pourtant issu d'une génération plus fraîche que la mienne, a également débuté avec les livres de vulgarisation de Luc Mégret. Nous en avons parlé et avons évoqué les moments extatiques que nous avons vécus grâce à ces lectures. Les tours expliqués par Mégret étaient infaisables mais la description des effets et les quelques dessins qui les accompagnaient nous faisaient rêver. Comme le dit Gaëtan : les explications étaient infaisables mais on en avait tellement envie qu'on arrivait à réaliser les tours.
On ne trouvait absolument rien, comme documentation sur l'illusionnisme, et j'ai acheté très cher l'explication (tapée à la machine) des aiguilles enfilées dans la bouche et celle de l'ombrelle aux foulards, par correspondance, auprès de Caroly 1° (qui avait cédé son magasin de trucs à son neveu)
…les machinistes exerçaient parallèlement la fonction de croque-mort. J'étais fasciné par les personnalités totalement opposées qu'ils avaient suivant qu' ils s'agitent en coulisses ou bien que, tout habillés de noir, ils portent un cercueil ...
Qu'est ce qui vous a orienté si jeune vers la Magie ?
Notre pays venait d'essuyer la défaite de Juin 1940 et l'exode. Les adultes étaient « au tapis »,K.O. un cauchemar… Nous, les gosses, on continuait à rire et s'amuser. Le régime de Vichy commençait son lavage de cerveau (Travail, Famille, Patrie). Mes parents (grâce à un héritage et des emprunts qu'ils ne purent jamais rembourser) avaient acheté un fond de commerce (café) dans la petite localité où nous résidions dans la région de Grenoble. Il y avait le couvre feu à 22 heures (les spectacles débutaient à 19 H et il y avait du monde). Au théâtre municipal il y avait de nombreuses troupes de spectacles de passage. Beaucoup d'artistes, dont certains très connus, s'étaient repliés en « zone sud » (provisoirement non occupée). C' était formidable d'applaudir sur cette petite scène provinciale des vedettes du disque, de la radio et du cinéma, en « chair et en os ». Malgré le couvre feu, les machinistes, après la représentation, amenaient les artistes au café de mes parents qui était fermé mais on entrait par l'arrière). Peu habitués à se coucher de bonne heure ils buvaient des alcools frelatés et interdits jusqu'à des heures impossibles.
De ce fait, je pénétrais au théâtre par l'entrée des artistes. J'arrivais à m'infiltrer dans les coulisses et, lorsqu'il s'agissait de magiciens, je pus découvrir quelques secrets. Le virus du spectacle commençait à circuler sérieusement dans mes veines Le premier spectacle de magie que je pus voir dans ces conditions fut celui
du prestidigitateur-hypnotiseur Ariel (tours divers, sac de Monte Christo, lecture avec les pieds, hypnose et cabine spirite). Je n‘ai plus entendu parler de cet artiste dont on m'avait dit qu'il menait un train de vie assez fastueux en gagnant beaucoup d'argent au poker. J'ai lu par la suite qu'un artiste portant ce nom avait été arrêté pour escroqueries. (attention il y eu par la suite un magicien amateur nommé Claude Ariel qui venait je crois d 'Afrique du Nord, et n'avait rien à voir avec le personnage dont je vous parle.)
J'ai vu ensuite le spectacle d' Erard qui sillonnait la France et annonçait qu'une partie de la recette était versée à la Croix Rouge. Son spectacle était bon et varié : tours divers, ventriloquie, hypnose, cabine spirite et final patriotique avec un quick change sous des cagoules, un peu confus, et ascension du drapeau français aux sons de la Marseillaise. Tout le monde se levait comme chez Sébastien, mais uniquement à la fin pour l'hymne national. Donc c'était supportable.
Par la suite j'ai vu dans ce même théâtre des spectacles complets de magiciens qui m'ont confirmé dans ma vocation artistique : Rogerston, Harold, Carzola). Détail amusant : les machinistes du théâtre exerçaient parallèlement la fonction de « croque-mort », sous un costume évidemment différent. J'étais fasciné par les personnalités totalement opposées qu'ils avaient suivant qu' ils s'agitent en coulisses ou bien que, tout habillés de noir, ils portent un cercueil sur l'épaule. En Juillet 1944 (j'avais 14 ans), j'étais pour la première fois « engagé » pour un spectacle dans un petit village (la recette était destinée à reconstruire le clocher) et je faisais en entrée des manipulations de dés à coudre (final avec un dé sur tous les doigts), la carte qui passe dans la bouteille (voir livre de Barbaud), les noeuds voyageurs sur les foulards et la chasse aux pièces.
Quelques semaines plus tard la France était libérée par les troupes alliés et j'assistais à un spectacle écoeurant qui consistait à tondre des femmes, sur le parvis de l'église, avec une tondeuse à chevaux dont on tournait la manivelle. Un jour une femme se débattait tellement qu'un de ses seins s'est échappé de son corsage. Cette vision me hante encore…

Je crois que vous avez sérieusement débuté comme attractions dans les cinémas. Parlez nous de cette façon de travailler si caractéristique de l'époque. Que vous a apporté cette expérience pour la suite?
Lorsqu'en 1946 j'ai quitté l'école pour essayer d'exercer ce métier, beaucoup de cinémas présentaient des attractions sur scène après les films de première partie et les actualités, avant l'entracte (sous l'occupation la loi exigeait qu'on éclaire la salle durant la projection des actualité, pour éviter des manifestations intempestives et perturbateurs dans le public. Ceci pour vous dire le climat…) Les artistes n'étaient pas payés par le propriétaire du cinéma mais vendaient au public, durant l'entracte qui suivait, photos, souvenirs, pochettes surprises, billets de tombolas ou horoscopes. Par la suite le gouvernement remit en vigueur en la modifiant, après la libération, une loi intelligente qui existait avant-guerre, la loi Berlioz qui créait beaucoup de travail pour les artistes du spectacle. Celle-ci détaxait les cinémas qui engageaient des artistes sur scène (en les rémunérant) et, au contraire surtaxait les établissement qui ne passaient que des films. Le total de la détaxe et de la surtaxe laissait une marge qui permettait de rémunérer les artiste en étant encore bénéficiaires. Ce qui incitait les directeurs à produire des attractions sur scène, pour le grand plaisir du public qui n'avait pas encore la télévision à cette époque. Une agence de Lyon, pour laquelle je travaillais, programmait en exclusivité une cinquantaine de cinémas dans le midi de la France et apportait ainsi un an de travail aux artistes qui lui confiaient la réalisation de leur planning.
En 1956-57 nous nous sommes produits dans une série de cinémas Gaumont à Paris (Saint Paul, Gambetta, Palais d'Avron, Montrouge) parfaitement bien rémunérés avec fiches de paye, scène bien éclairée, loge confortable et dans, certains cas, musiciens d'accompagnement. Avec l'arrivée de la télévision il n'y eu plus d'attractions dans les cinémas.
Comment compareriez vous la façon de débuter de l'époque à celle de nos jours ?
On comprend tout avec ce que je viens de vous dire. Il y a deux périodes totalement différentes : avant la télé et après. Personnellement j'ai débuté dans la première et suis passé progressivement dans la seconde. Il y avait eu précédemment une grande mutation dans le spectacle à une période que je n 'ai pas connue (début du 20° siècle) avec l'arrivée du cinéma.
Vous faîtes ensuite de nombreuses télévisions dans le monde entier, dont notamment, la fameuse « Piste aux étoiles », l'équivalent du « Plus grand cabaret du monde». Comment cela a débuté ? Cela a va t-il modifier votre carrière ?
Il n'y avait qu'une chaîne de télévision. La France entière regardait « La Piste aux Etoiles » (tout se passait en direct, le magnétoscope n'existait pas. D'où une sensation de vérité qui n'existe plus maintenant car on sait que tout est trafiqué au montage.) Le soir où passait cette émission, de très nombreux cinémas faisaient « relâche » car ils n'avaient personne, tout le monde était devant la télé chez soi, chez le voisin qui avait un poste (car beaucoup n'en avait pas) ou au bistrot du quartier qui avait investi dans un poste et qui ajoutait des chaises. Il y avait un côté convivial et festif qui n'existe plus.
Donc, bien sûr, passer dans une émission de Gilles Margaritis était un évènement pour des artistes comme nous qui débarquions à Paris. Il y en avait deux, en alternance : « La piste aux étoiles » style cirque et Music-Hall Parade » style cabaret. Nous avons fait les deux. Bien sûr c'était une promotion extraordinaire. J'étais simplement allé voir Margaritis au Moulin de la Galette où il préparait son émission. Bien que débordé de boulot (il faisait tout) il a pris le temps de m'écouter, de regarder mon press-book, de prendre mes coordonnées. Une semaine après je recevais mon contrat pour la « Piste » avec un courrier personnel de Margaritis (que j'ai gardé, bien sûr. Je suis persuadé qu'il tapait son courrier lui même) où il s'excusait de ne pas pouvoir nous payer davantage (je trouvais que c'était parfait comme ça) et il ajoutait « … mais la télévision n'est pas riche et mon budget ne me permet pas de vous offrir mieux… » Emouvant, non ?…
On peut donc effectivement comparer « La Piste aux Etoiles » et le « Plus grand cabaret » avec quelques différences essentielles ?
Oui, car on ne pouvait pas regarder une autre émission ce soir. Là (d'où la puissance de l'impact). On voyait un spectacle et uniquement cela. N'existaient pas tous les artistes invités, pour la plupart très médiatisés, qui n'arrivent pas à se souvenir du nom de celui qu'ils ont à présenter et pensent surtout à leur propre promotion et à ce qu'il sont venus vendre. On ne voyait pas Gilles Margaritis à l'écran, alors qu'il aurait pu le faire avec talent (il avait fait une carrière artistique éblouissante avec les « Chesterfolies »). Mais c'était un anti-cabotin total.
Après notre passage à « La piste » j'ai écrit à la télévision anglaise (B.B.C) qui m'a répondu en m'offrant un contrat. Très belle émission où nous descendions en final un grand escalier (style Casino de Paris) entre les pattes de la Tour Eiffel et accueillis par un présentateur déguisé en Maurice Chevalier…
Peut-on dire qu'à ce moment de votre carrière, vous devenez LE magicien en France. Ces émissions avaient elles le même impact qu'aujourd'hui ?
Elles avaient beaucoup plus d'impact qu'aujourd'hui où la télé s'est banalisée.(tout le monde y passe) Par contre j'étais loin d'être « le » magicien en France. Il y avait de drôles de pointures au dessus de nous : Channing Pollock (à Paris à cette époque), Richiardi Junior (idem),Gogia Pacha (idem), Freddy Fah, Pier Cartier ( Keith Clarck), Dany Ray, Mireldo, Michel Seldow, et beaucoup d'autres. Avec ma partenaire, nous faisions partie du peloton des jeunes de l' époque. Loin des noms cités ci-dessus nous bénéficions d'une arme redoutable, la jeunesse.

Quels sont les artistes magiciens qui vous ont le plus influencé à vos débuts?
Mon maître a été Hardy l'Enchanteur. Il habitait St Etienne (Loire ») mais s 'était produit en Afrique du Nord, dans toute la France et à Paris. Il me transmettait les secrets magique sous forme « compagnonique ». Quand il passait dans ma région j'allais le voir. Il me demandait de lui montrer ce qu'il m' avait appris lors de notre dernière rencontre, me donnait son avis, et m' apprenait de nouveaux trucs. Aujourd'hui c'est différent, avec de l'argent on accède à tout. Nous nous sommes produits pour la première fois à Paris, pour l'AFAP, au Théâtre de la Potinière, en Ière partie d'Hardy (qui occupait toute la deuxième partie).C'est le président de l'AFAP, Henri Plantet, qui nous avait vu au Grand Casino de Genève. Nous avons été réengagés pour le grand gala de l'AFAP quelques mois après, au Théâtre de Paris. Quant à Hardy ce fut son dernier passage à Paris. J'ai compris combien l'approche de la vieillesse était quelquefois tragique pour un artiste.
J'ai eu la chance d'assister aux deux passages à Lyon (Théâtre des Celestins), en 1955 et 1959 du grand magicien allemand Kalanag dans sa revue « Sim Sala Bim ». Son spectacle était classé comme un des plus grands de l'histoire de la magie. Indescriptible. Le rêve absolu. Les deux fois, je suis sorti en planant sur un petit nuage.
Il y a dans la vie des hasards merveilleux. En 1980 j'arrivais à New York pour un voyage d'agrément à travers les Etats Unis. A l'aéroport un autocar amenait notre groupe à Broadway où nous restions deux jours. A côté de l' hôtel il y avait un music-hall qui annonçait Blackstone Junior. Il présentait la revue magique de son père, en hommage à celui-ci. Je m'y suis précipité comme un opiomane dans une fumerie. (voir mon article dans Arcane n 21)
Vous avez été magicien au cirque (Medrano, Gruss). Comment passe t-on de la Scène à la Piste ? Que vous a apporté cette expérience ? Gruss en 1949, Medrano en 1958…pourquoi y a t-il 9 ans entre ces deux tournées et qu'est ce qui a justifié ce retour à la piste?
En 1949 il n'existait qu'un seul cirque Gruss qui tournait exclusivement en province (sous chapiteau) sous l'enseigne « Cirque Gruss-Jeannet ». C'était un cirque moyen d'excellente qualité, dont le programme était constitué par les artistes des familles Gruss et de ceux de la famille Jeannet, plus quelques attractions et la ménagerie, engagés en suppléments. J'avais été engagé par l'intermédiaire d'une agence de Lyon car j'avais mis à mon programme un tour à sensation (que j'avais acheté à William Clément-Rex), celui de l'homme invulnérable. (j'étais censé rattraper au vol dans une cible les balles d'un pistolet chargé par des spectateurs). Ce tour devait permettre au cirque de faire imprimer une affiche illustrée très commerciale. C'était en début de saison au mois de février. Le premier soir, des responsables de Radio-Luxembourg proposaient au cirque de se transformer en Radio-Circus, sous leur label et avec un programme revu par leurs soins avec beaucoup de jeux radiophoniques (animés par Zappy Max). Mon contrat était d'une semaine renouvelable et, ne faisant pas partie du nouveau programme, je ne pus que « rentrer à la maison ».
…Il y avait sur ce tournage Roger Hanin, Henri Vidal et, Darry Cowl et deux débutants inconnus : Alain Delon et Jean-Paul Belmondo. A mon humble avis, ce film est un navet mais ce fut, pour moi, très agréable et intéressant…
C'est en Janvier 1958 que nous avons été engagés à Medrano avec le numéro « en couple »(Medrano était l'un des deux derniers cirques « en pierre » fixes sur Paris, avec le cirque d'Hiver qui existe encore). J'ai reçu un courrier de l'agence parisienne Géo Leroy, qui en assurait la programmation, me disant : « Monsieur Jérôme Medrano vous a prévu pour son programme fin Janvier, veuillez si vous êtes d'accord nous retourner le contrat joint… » Et il y avait un contrat pour 3 semaines. Nous avons assuré deux autres contrats à Médrano par la suite. Il y avait des numéros internationaux de premier ordre et le dernier survivant des clowns mythiques Fratellini (Albert) qui ne se démaquillait pas de la journée, ôtant seulement son gros nez rouge. Quand sa femme s'absentait je l 'invitait à boire un coup de blanc au bar des artistes et je lui faisais raconter sa vie. Il me fascinait.
Un agent m'a offert d'être conseiller technique et « spécialiste ligoteur » au studio de Boulogne Billancourt. Ceci parce que j'attachais Monique pour la cabine spirite. J'ai appris que dans tous les film il y a des conseillers (sport, cuisine etc.)pour signaler les erreurs possibles. Le film était titré : « Sois belle et tais-toi ». Comme je ne voulais pas rester inactif, j'ai proposé à Marc Allégret, qui était le réalisateur, d'attacher et détacher, pour les besoins de leurs rôle, Mylène Demongeot et Béatrice Altariba. Un véritable casse-tête car il fallait que les liens soient exactement placés de la même façon d'un plan à l'autre. Et il ne fallait pas prononcer le mot « corde » (appelé le « fatal » au cinéma) car cela portait malheur. Un jour, dans le feu de l'action, j'ai prononcé le fatal. Je me suis trouvé au milieu de trente personnes paralysées et muettes qui me fusillaient des yeux avec des regards terrifiés. Marc Allégret a coupé court en disant que je n'étais pas du métier. Puis il m'a dit à voix basse : ça va pour cette fois… Je peux vous dire que je n'ai pas recommencé. Il y avait sur ce tournage Roger Hanin, Henri Vidal et, Darry Cowl et deux débutants inconnus : Alain Delon et Jean-Paul Belmondo. A mon humble avis, ce film est un navet mais ce fut, pour moi, très agréable et intéressant.

Quelles sont les rencontres qui vous ont le plus marqué ? Et celles qui vous ont le plus aidé professionnellement ?
André Sanlaville, secrétaire puis président de l'amicale AFAP de Lyon avait vu mon numéro dans des galas et m'avait engagé pour un gala pour l'amicale. Je travaillais seul. Il eut l'idée de monter le Festival de la Magie, avec le talent que l'on sait, et il m'engagea en 1953 (je présentais le poste de radio qui disparaît en marche, ce qui était nouveau pas mal pour l'époque. Les magnétophones n' existaient pas, ni les postes portables et j'avais dû résoudre les difficultés pour le son. Guy Bert m'avait fabriqué un plateau extra plat et un foulard avec un fake totalement articulée. Bref je m'était donné du mal. Sanlaville m'avait dit : « j'ai fait croire au directeur des Célestins que tu avais inventé le tour et que tu étais primé au dernier congrès » (il savait « vendre » admirablement les artistes). Je fus annoncé : Saltano et sa radio fantôme). Pour moi, cet engagement était un sacré coup de chance.
Un magicien amateur fortuné m'avait offert, entre autres, une caisse au sabres de chez Dickmann (avec de vrais sabres de cavalerie). En dernière minutes je résolus de faire ce tour et, comme il me fallait une partenaire, et j'engageais une jeune comédienne qui jouait les soubrettes de Molière au conservatoire de Grenoble. Elle allait devenir ma partenaire sur scène comme dans la vie, et nous sommes toujours ensemble. Le numéro en couple allait avoir pour nom : Saltano et Monique Dorian.
Il y a eu aussi René Valéry, l'imprésario corse de Lyon que j'avais rencontré dans un concours d'artistes qu'il organisait sur tout le sud-est de la France. C'était au Théâtre de Grenoble. Un autocar spécial de supporters avait été organisé depuis la ville où j'habitais. J'avais 17 ans, j'ai fait apparaître ma petite sœur dans « Eve » (la cabine aux ombres). J' ai eu le 2° prix et je n'étais plus un inconnu pour René Valery. Celui-ci, ne me demandez pas pourquoi, était devenu directeur de l'Olympia de Paris à sa réouverture par Bruno Coquatrix. Un jour j'ai décidé d'aller voir René Valery, mais arrivé sur place, je n' avais plus de courage. Je suis entré dans un café et l'ai appelé au téléphone. Apprenant que j'étais à côté il m'a demandé de monter à son bureau. J'en suis ressorti avec un engagement pour la tournée de l'Olympia qui démarrait un mois après. Cette tournée était achetée par le producteur Johnny Stark qui, par la suite, nous a engagés pour toutes ses tournées. Finalement la vie est simple mais je dis souvent aux jeunes magiciens : ne restez jamais sans rien faire, les choses arrivent quand vous ne les attendez pas.
Je dois vous parler d'un autre personnage. Il s'agit de Georges Le Roux que nous avions connu comme agent artistique à Lyon. Comme il avait eu des problèmes avec un spectacle Gilbert Bécaud à Villeurbanne (banlieue Lyon) il était devenu urgent pour lui de se faire discret et il était parti à Paris se « noyer » dans le Show Biz. Un jour il nous envoya un engagement pour le « Globe Variétés » boulevard de Strasbourg. A l'issue de cet engagement, le dernier soir, un agent très respectable nommé William Brown nous a proposé un contrat à Pacra. Nous sommes passés à nouveau au Globe et à Pacra par la suite. Georges Le Roux est resté notre agent. Comme il était celui de Johnny Hallyday à ses débuts, il avait de grosses relations professionnelles et nous a fait faire, en Belgique, le casino de Knokke (avec Pauk Anka), Les Anciennes Belgiques de Bruxelles (avec Catherina Valente) et d'Anvers (avec Louis Armstrong). Il nous a également programmés au « Robinson » (dans le Moulin Rouge) pour André Pousse qui, à l'époque, était agent, et enfin à Bobino en première partie de Patachou.
Nous devons à Le Roux également notre engagement en Israël (Olympia Tel Aviv et tournée) engagés par Bruno Coquatrix. En galas nous sommes passés dans un grand nombre de salles prestigieuses : Palais d'Orsay, Folies Bergère, Amphi de la Sorbonne, Maison de la Chimie, Pleyel. Un jour j'ai reçu un coup de fil me demandant si nous pouvions aller immédiatement au restaurant-spectacle « l'Orée du Bois » pour remplacer durant trois soirées un numéro qui ne faisait pas l'affaire. Au bout des trois jours on nous a dit que nous restions pour le mois, et la direction nous a réengagés deux fois par la suite. Il y avait à cet époque un programme exceptionnel dans cet établissement : Maurice Horgues, Sim, Les frères ennemis, Jean Yanne, Pierre Doris, etc. Précédemment, comme magicien, il y avait eu Channing Pollock (dur, dur la succession…) |