Adonelly: Etes vous un créateur en magie ou vous considérez-vous plutôt comme un interprète ?
Jean-Luc Bertrand: Un interprète, SEULEMENT. Je ne suis pas du tout créatif par contre je fais de mon mieux pour le mettre en scène un tour, le personnaliser complètement, essayer au mieux de le rendre diffèrent. J’ai vraiment un problème avec les magiciens qui reprennent mot à mot une routine. Aussi parfaitement qu’ils puissent l’exécuter, ca reste du pompage sans inspiration et c’est pathétique. Il est vrai que nous avons tous besoin d’influences, généralement ma base de départ va être une technique ou un effet, je l’improvise en condition et ce sont les réactions et les maladresses qui vont fabriquer ma routine. Il y vrai qu’il y a quelques tours que je refais tel quel mais je n’ai pas basé mon répertoire sur le plagiat.
Adonelly: Vous êtes resté quelques temps en Asie. Votre expérience asiatique vous a-t-elle influencé dans votre travail? Quel est votre meilleur souvenir ?
Jean-Luc Bertrand: Encore une fois on en revient à la question des langues... Par exemple, les asiatiques ne touchent pas facilement les autres et comme je suis très tactile, il pouvait y avoir conflit.... Mais là encore, une fois le premier contact passe, une fois que vous avez été accepté à la table, dans une certaine mesure, tout peut passer.
Adonelly: Une anecdote croustillante ( ou non )
Jean-Luc Bertrand: Il y a deux ans sur un close-up a Monaco, je suis tombé sur une table de new-yorkais. Du coup je discute tout en faisant mes tours et je m’aperçois qu’un des invités habitait dans la même rue où j’avais vécu pendant deux ans. Bien sur il ne me connaissait pas et je me suis bien gardé de lui dire que je connaissais le quartier par cœur. Il n’y avait qu’un seul commerce dans cette rue, un pressing tenu par un tchécoslovaque avec une énorme moustache du nom Sloban... il faut savoir qu’aux Etats-Unis les gens sont très familiers et s’appellent par leur prénom....
Apres une série de tours bien accueillis j’ai propose à cet américain de faire quelque chose de diffèrent. Je lui ai demandé s’il avait le mal du pays, si d’être loin de chez lui le rendait nostalgique. Comme il acquiesçait, je lui ai demandé qu’il pense à son pays, a sa ville, son quartier, a lieu ou a un magasin près de chez lui, dans sa rue peut être... qu’il s’imagine entrer dans ce magasin et dire bonjour au patron ou a la patronne... J’aurai pu me planter et prendre un énorme bide, là, j’ai regardé le type dans les yeux, j’ai pris ses mains et j’ai dit : ‘bonjour Sloban !’
Rien qu’à voir sa tête se décomposer, tout le monde comprit ce qui venait de se passer. Ca a été un des plus gros coups de chance, mais ce qui est sur c’est que ce type sans rappellera longtemps.... Depuis je fais beaucoup de mentalisme en table à table.