Adonelly: Au départ, certes, mais aujourd'hui, comment cataloguer votre numéro ?
Théo Dari : En réalité, le problème qui est posé par mon spectacle pose la question des catégories : J'ai plusieurs partis pris qui rendent le spectacle difficile à classer dans les catégories au sens " concours "… donc, la seule dans laquelle je peux rentrer est " Arts Annexes ". Mais il s'agit d'une vision complètement centrée " progression de l'art magique " au sens académique. Les catégories empêchent l'hybridation. Les catégories me font chier. Pourquoi n'y aurait-il pas une catégorie " innovations inclassables " ?
Plein de gens de toutes sortes (public, professionnels du spectacle,…) identifient mon spectacle comme très magique, mais avec des effets très abstraits. Pourquoi l'abstraction ne serait-elle pas magique ?
Alors, d'accord, ce n'est pas un spectacle de magie, mais un visuel magique hybride… je peux dire aujourd'hui que cette "hybridation" m'a évité de faire du clonage et, comme m'a dit Arthur Tivoli un jour, elle me permet d'avoir une " autoroute de créativité "!
Adonelly: En répondant à la question " Premier contact avec la magie ", vous avez précisé, je cite : -" Bien après, j'ai vu du close-up et j'ai accroché d'abord sur les effets magiques. J'allais beaucoup changer d'opinion par la suite(...) "... Pourquoi ?
Théo Dari : Aujourd'hui, les effets magiques ne m'intéressent que très rarement. Je préfère l'idée de passer un moment émouvant, drôle, positif, original avec des gens que je côtoie pendant quelques minutes. Je préfère ce challenge à celui " d'effet magique maximal". Je ne vais pas sacrifier trop non plus l'effet magique, mais priorité à l'échange humain, me concernant, en close-up.
Ceci dit, je parle d'un idéal de travail me concernant, et en aucun cas je n'aurais envie de dire aux autres de " faire pareil parce que c'est mieux ", non ! Je parle de l'idée de faire les choses librement, comme "on les sent" avant tout.
Adonelly: En parlant de "liberté", votre entourage m'a précisé que vous êtes "têtu comme une mule" et que vous n'arrivez même pas à faire semblant d' écouter les conseils des autres. Libertaire ?
Théo Dari : Ah, tiens, un sujet intéressant : les conseils ! C'est vrai que je n'écoute pas trop les conseils. Presque tout le monde dit qu'il FAUT écouter les conseils des autres. Je regrette, au nom de quoi, il FAUT ? En "technique pure", ça me semble normal d'écouter. Surtout quand on te donne une solution à un problème que tu as clairement sur scène (charges, principes…). C'est sympa que les gens viennent te voir.
Mais au sujet des orientations artistiques (tu pourrais faire ci, tu pourrais faire ça), là, je ne suis pas du tout d'accord ! Jean Merlin a écrit dans un de ces livres un truc du genre : " à force d'écouter les autres, vous allez devenir aussi nuls qu'eux ".
J'entends souvent : " sur 100 conseils, même si tu as 99 conseils nuls, tu en auras toujours un de bon ". Et bien moi, j'ai MES idées sur la scène. Mon but n'est pas de " traiter un sujet " de façon habituelle. Je veux de la sincérité artistique avant tout. Les raccourcis impersonnels ne m'intéressent pas. Par contre, le fait de m'imprégner artistiquement de sons, de formes, de couleurs, de spectacles, de films au cinéma, me semble une très bonne idée pour orienter de mon propre chef la destinée artistique de mon numéro. Je veux que le résultat sonne " très personnel ".
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