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Le rédacteur en chef du fameux magazine de Magicus Journal a accepté de répondre à nos questions ! Décrié par les uns, encensé par d'autres, Didier Puech dirige de main de maître son association et le magazine Magicus depuis maintenant 23 ans et avec la même énergie qu'à ses débuts ! Vu de près, le bonhomme n'a pourtant pas l'air bien méchant. Ses réponses, empruntes de l'accent traînant de Toulouse, sont directes, franches…presque spontanées et immanquablement teintées d'ironie. Alors que l'on cherche en vain de moyen de l'amadouer pour mieux le faire parler, il dégage la curieuse impression d'être incorruptible...
Magicus ? C'est son bébé et il le protège comme une mère son petit : Puech sort facilement les griffes et rien ne semble pouvoir contenir le fauve . Magicus est devenu sans conteste le magazine de magie le plus controversé. Ses articles n'épargnent personne et semblent conserver au fil des ans un rédactionnel indépendant qui revendique un style très pro …surtout considéré par beaucoup comme plus simplement pro…vocateur. Néanmoins, bien que très critiqué, une pléiade d'artistes reconnus pour leur indéniable talent figurent régulièrement au sommaire du magazine.
En janvier dernier, Puech annonçait sa décision d'éventuellement abandonner la direction du magazine dans trois ans. Suite à cette annonce et aux réactions que l'information a suscité, nous avons décidé d'en savoir plus. Serai-je parvenue à dompter l'insoumis ? Pas vraiment. Une interview politiquement incorrecte ! Alexandra

Portrait:
Nom : Puech
Prénom : Didier
Date de naissance : 25 03 1961
- 1er contact avec la magie : 1973
- formation (études) : BEP commercial, faculté de droit
- hobbies : lire le Canard Enchaîné tous les mercredis
- objectifs à court terme et projet : numéro spécial de Magicus sur Gary Kurtz ainsi que la préparation du 10ème festival de Toulouse
- sa devise : «Pour faire durer ce magazine ? Il faut déclarer la guerre tous les jours !!!»
Alexandra Donelly - Hello, Didier, une petite présentation de celui qui, d'habitude, tient le micro. Qu'est-ce qui vous a orienté vers la Magie et pourquoi ce choix ?
Didier Puech - Comme pas mal de magiciens de ma génération, 42 ans, j'ai eu droit à ma boîte de magie quand j'avais douze ans. Puis il y a eu “Y'a un Truc” à la télévision qui m'a donné une image dévalorisante rabaissant l'art magique au simple “truc”, jusqu'à ce que les émissions “Les Ateliers du Magicien” de Jacques Delord m'ouvrent une porte sur «l'art magique». C'était sans doute aussi un refuge et un moyen d'expression pour l'adolescent pas doué à l'école que j'étais.
Pas doué ? Même en français ? C'est curieux pour un futur journaliste...
C'est en écrivant qu'on devient forgeron... Je ne prétend pas être un bon journaliste, ce sont les lecteurs qui peuvent en juger. La seule chose que je prétende c'est de tenter, chaque deux mois, de publier un magazine de magie différent avec un ton et une ligne éditoriale.
Quels sont les magiciens qui vous ont le plus influencé ?
La boite de magie de mes douze ans était signée Kassagi. C'est donc Kassagi. Puis j'ai lu «mon Delord», la fameuse trilogie que tout magicien se devrait de posséder dans sa bibliothèque. J'étais très impressionné par cet homme, son calme, sa sagesse, sa culture et la dimension humaine et poétique qu'il donne à l'art magique. Fidèle à Magicus depuis quinze ans, il y tient une chronique régulière. Et pour répondre à ce pauvre Mimosa qui se demandait à haute voix ce que Jacques Delord allait faire dans cette galère en gâchant sa plume dans Magicus (magiczoom fin janvier), je voudrais simplement qu'il sache que Jacques Delord aime Magicus et personne ne le force à écrire. Accordez lui le crédit d'être suffisamment intelligent et cultivé pour choisir de livrer sa chronique à qui il veut.

Vous êtes actuellement rédacteur en chef de la revue Magicus-Journal...
J'en suis le directeur de la publication et le rédacteur en chef...
Vous cumulez les fonctions ?!
Disons que j'aimerai trouver un rédacteur en chef pour me seconder en ce qui concerne la partie magazine. Pour la partie tour je viens de nommer Stéphane Estrellas rédacteur en chef. Et directeur de la publication, personne ne veut en assumer la responsabilité juridique...
Pourquoi ?
C'est sans doute un métier à risques !?. Notez que j'ai créé mon propre journal et que je n'ai pas pris la place de quelqu'un en miroitant le poste. On ne m'a pas apporté Magicus sur un plateau.
Je reviens à ma question : comment a débuté cette expérience ? J'ai cru comprendre qu'elle a débuté innocemment, comme un délire d'association qui ne pensait pas durer aussi longtemps...
Ne nous enterrez pas trop vite. J'espère qu'on reviendra sur l'annonce que j'ai faite d'arrêter le magazine dans trois ans ?
oui, on en reparle dans deux minutes...
Cette «expérience», comme vous dites, a débuté en 1979. J'avais à peine dix-huit ans. Déjà, j'adorais écrire et j'ai proposé à quelques copains de lycée un «numéro 0» de Magicus. C'était une feuille de choux de 8 pages ronéotypées... A l'époque je correspondais avec le breton (!) Fanch Guillemin qui était directeur de «L'Illusionniste» et, sans que je lui demande rien, il a fait un petit article en donnant mon adresse. J'ai reçu trente lettres ! Et on a envoyé le journal à trente personnes qui ne payaient que le papier et les timbres ! Et depuis on a perdu des abonnés !!!
vous plaisantez ?
Je voulais juste faire plaisir à nos détracteurs... Mon humour au second degré est une seconde nature et, je le sais, ne fait pas rire tout le monde.
Et cela vous ennuie ?
Non, je m'en fiche complètement. Les gens qui n'ont pas d'humour ne m'intéressent pas et je m'ennuie très vite en leur compagnie, donc je les évite mais c'est dur car ils sont nombreux.
Vous allez encore vous faire des ennemis !
Il m'est même arrivé - vous me croyez si vous voulez ! - de dire à un congressiste venu sur le stand de Magicus : faites-moi plaisir, ne vous abonnez pas vous perdriez votre temps...
Mais c'est presque une insulte !
Non, car le type était tellement con qu'il n'a pas compris que je le situais en dessous du niveau de la mer...
Si vous refusez des lecteurs ce n'est pas comme ça que vous allez augmenter le nombre d'abonnés !
Comprenons-nous bien. Cette anecdote a du m'arriver deux fois en vingt ans ! Je ne suis pas pour racoler à tout prix. Nos abonnés ont un rapport particulier avec Magicus : ce ne sont pas de simples cochons de payeurs comme l'on dit. On a besoin, bien sûr, d'augmenter notre lectorat mais j'ai toujours refusé de faire des concessions du genre : la photo des lecteurs attablés dans les congrès. Les photos de groupes de magiciens sont systématiquement refusées ! Ma conception du journalisme est autre : on ne fait pas la pute pour avoir des abonnés en leur donnant leur trois centimètres carrés de célébrité.
L'association dure et perdure depuis 23 ans maintenant... Outre votre diplomatie légendaire, quels sont les secrets pour faire durer une asso doublée d'un magazine ?
Merci pour ma diplomatie légendaire que je prends au second degré... Sébastien Clergue me l'avait dit un jour au téléphone «quand tu dis que tu vas faire quelque chose avec diplomatie je crains le pire !». Pour faire durer ce magazine c'est simple, il faut déclarer la guerre tous les jours ! Trouver des sujets, faire des recherches historiques pour étoffer des dossiers, relancer les rédacteurs et chroniqueurs, changer la charte graphique de temps en temps, être les premiers sur les bons coups (journalistiquement parlant !), sortir son carnet et son stylo quand quelque chose de nouveau se passe, etc.

Etiez-vous destiné au journalisme ?
Non, je devais être hôtesse de l'air...
Sérieusement !
Je n'en sais rien. La seule chose que je sais c'est que j'aime ce boulot. Et comme je suis autodidacte c'est un peu plus dur que si j'avais fait une école de journalisme.
Magicus ne semble donc pas être une affaire d'argent...
Non, vraiment pas, si je voulais faire de l'argent je ferais autre chose. C'est déjà très dur de ne pas en perdre ! Même si nous fonctionnons en association nous n'échappons pas à des règles économiques simples. Il faut équilibrer les comptes !
Et c'est le cas ?
Oui, même si la rumeur tente de faire croire que nous perdons des abonnés. La vérité c'est que nous avons un noyau dur de lecteurs depuis vingt ans et nous gagnons et perdons quelques lecteurs chaque semaine ce qui, au final, donne une très sensible progression proche de l'équilibre. Et c'est pour cela que j'ai annoncé mon intention d'arrêter le journal dans trois ans...
Cela a été interprété comme une perte de vitesse ?
Sans doute. Les gens ne savent pas lire. J'ai expliqué dans mon édito que je me donnais trois ans pour augmenter significativement le nombre d'abonnés. Accordez-moi un certain courage pour l'avoir dit clairement, et non pas mettre la clef sous la porte puis avertir les abonnés comme l'a fait mon estimé confrère feu Imagik.
Trois ans c'est court ?
Cela représente 20 numéros, soit environ 800 pages !
Vous semblez très critique avec les spectacles de magie, mais VOUS, on ne vous a jamais vu en scène. Alors, où est-ce que vous faites de la magie ?
J'ai beaucoup pratiqué la magie de 13 à 20 ans puis j'ai arrêté quand j'ai lancé Magicus en 1979. La raison est simple : j'avais un petit numéro comme tout le monde, ni bon ni mauvais, mais quand j'ai vu de très bons magiciens CREATIFS j'ai compris que je n'avais pas inventé l'eau tiède. C'est alors que je suis devenu un amateur observateur de l'art magique. Je ne pense pas être très critique, comme vous dite, j'écris simplement ce que je pense et qui n'a aucune valeur de jugement contrairement à ce que l'on croit. |